L’alliance OPEP+ a surpris les marchés ce week-end en annonçant une hausse marquée de sa production pétrolière : 548 000 barils supplémentaires par jour à compter d’août. Ce revirement stratégique rompt avec la prudence adoptée depuis plusieurs mois et dépasse largement les précédents relèvements, plafonnés à 411 000 barils. Cette décision illustre un choix de privilégier les parts de marché, même au risque d’exercer une pression à la baisse sur les prix dans un contexte mondial déjà instable.
Face à une demande énergétique encore fragile, notamment en raison du ralentissement économique en Chine et en Europe, l’initiative de l’OPEP+ apparaît audacieuse. En prenant le contre-pied des signaux d’alerte sur la conjoncture mondiale, le cartel semble vouloir marquer son territoire face à la concurrence américaine, au détriment d’un équilibre de marché plus prudent. Depuis avril, les réductions décidées en 2022 sont peu à peu effacées, près de 80 % des coupes ayant déjà été annulées, selon les experts.
Mais sur le terrain, cette volonté de reconquête se heurte à la réalité des capacités de production. Jusqu’à présent, c’est principalement l’Arabie saoudite qui a concrétisé les hausses promises, tandis que d’autres membres du cartel peinent à suivre le rythme. Une nouvelle hausse équivalente pourrait être actée dès la réunion du 3 août, ce qui suffirait à annuler totalement les réductions passées. Toutefois, cette dynamique soulève la question d’un retour à une offre excédentaire, susceptible de déséquilibrer davantage le marché.
Cette stratégie offensive intervient alors même que les perspectives économiques mondiales sont assombries par le retour des tensions commerciales. La Maison-Blanche menace d’imposer de nouveaux droits de douane dès le 1ᵉʳ août, ce qui pourrait freiner les échanges mondiaux et réduire la demande en énergie. En relâchant l’offre dans ce climat d’incertitude, l’OPEP+ prend un pari risqué : celui de soutenir ses positions commerciales au prix d’un éventuel repli des prix, que les marchés pourraient sanctionner dans les semaines à venir.
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Nicolas Barry
